Potentiel de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux en Auvergne-Rhône-Alpes

Le Cerema a réalisé, pour la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, un état des lieux des réseaux de chaleur et de froid en région et a étudié le potentiel de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux.

Résumé de cette étude

L’état des lieux des réseaux de chaleur et de froid en Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) est fait à partir d’une enquête auprès des collectivités, des syndicats, des exploitants et de croisement de différentes sources de données (enquête nationale,
données énergie-climat publiées, annuaire ViaSèva, sites dédiés de réseaux…), en 2016-2017. Les données récoltées pour chaque réseau recensés en AURA, soit 252 réseaux de chaleur, 3 réseaux de froid et 6 réseaux en projet, sont publiées sous forme de tableau, avec leurs sources.

-> Télécharger ici le tableau au format ods synthétisant les informations et leurs sources des 261 réseaux recensés en Auvergne-Rhône-Alpes

Le Cerema a également récolté et numérisé les tracés de 96 réseaux, publiés et diffusés sous format SIG (sur le site de la DREAL).

-> Télécharger ici le fichier shape contenant les données et tracés des 96 réseaux de chaleur et de froid numérisés

Cet état des lieux détaillé et cartographié, croisé avec les tracés des réseaux fictifs issus des consommations énergétiques des bâtiments résidentiel-tertiaire (résultats de l’étude SNCU/Setec) et les gisements d’énergies renouvelables et de récupération, permet d’identifier le potentiel de développement des réseaux de chaleur/froid vertueux en AURA.
Une note d’enjeux a également été réalisée. Elle fixe des objectifs de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux en AURA à 2030, détaillés par énergie (chaleur fatale, géothermie, solaire, biogaz, bois-énergie) et par création/verdissement/extension/densification de réseaux. Elle peut ainsi être intégrée au futur schéma régional (SRADDET) d’AURA pour une planification énergétique pertinente, et répondre à l’article 196 de la loi de transition énergétique (LTECV) qui prévoit un recensement des réseaux de chaleur dans les schémas régionaux.

-> Télécharger ici la note d’enjeux au format pdf sur l’état des lieux et le potentiel de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux en AURA

Présentation de cette étude faite aux journées portes ouvertes du Cerema Centre-Est fin 2018 :


Retour sur le déroulé de l’enquête régionale réalisée en AURA en 2017

État des lieux des réseaux de chaleur/froid en AURA en 2017 et particularités régionales

Quels objectifs de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux en AURA en 2030 ?

Le graphique suivant montre l’évolution de la chaleur renouvelable distribuée par les réseaux en Auvergne-Rhône-Alpes sur les 10 dernières années, et les objectifs régionaux (Schéma Régional Climat-Air-Énergie (SRCAE)) et nationaux (Programmation pluriannuelle des énergies (PPE) pour 2018 et 2023 et Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV) pour 2030). À titre de comparaison, les valeurs pour la région Île-de-France (IdF) ont été indiquées également.

Graphique montrant l’évolution de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux et les objectifs régionaux et nationaux – Source : Cerema

On constate une augmentation significative de la quantité de chaleur renouvelable livrée par les réseaux depuis le lancement du fonds chaleur (fond distribué par l’ADEME, qui aide financièrement le développement des réseaux de chaleur vertueux et la chaleur renouvelable hors réseau de chaleur), en 2009. La quantité de chaleur renouvelable livrée par les réseaux en région AURA (2140 GWh) représente environ 15 % de la quantité de chaleur renouvelable nationale (13 061 GWh).

On constate également des objectifs nationaux forts pour le développement de la chaleur renouvelable, mais faibles en AURA. En effet, l’objectif de 2 073 GWh de chaleur renouvelable livrée par les réseaux de chaleur en AURA en 2020 est déjà dépassé d’après notre état des lieux. L’Île-de-France a réalisé une étude complète d’état des lieux et de potentiel de développement des réseaux de chaleur pour son SRCAE, d’où un objectif à 2020 plus ambitieux et réaliste. L’AURA a lancé une étude similaire en 2016-2017, permettant de faire cette note d’enjeux et d’enrichir le futur SRCAE.

Utilisons l’état des lieux réalisé pour définir des objectifs de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux en AURA en 2030 ambitieux et réalistes :

Chaleur renouvelable livrée par les réseaux en projet (création) connus actuellement : 566 MWh

La quantité de chaleur renouvelable des réseaux déjà en projet est de 566 MWh (197 MWh bois, 249 MWh incinération des déchets et 120 MWh non détaillés).

Chaleur renouvelable due au verdissement des réseaux fossiles : 200 MWh

En faisant évoluer les réseaux existants alimentés à 100 % par des énergies fossiles en réseaux alimentés à 80 % par des énergies renouvelables et/ou de récupération (EnR&R), on obtient 220 MWh EnR&R supplémentaires à l’horizon 2030, soit 200 MWh EnR&R si on enlève les réseaux qui ont déjà prévu une évolution (et qui sont donc déjà pris en compte dans le paragraphe précédent).

Objectif total de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux par création de réseaux là où la densité thermique est > à 4,5MWh/ml : 12,5 TWh

Le croisement de l’état des lieux des réseaux de chaleur réalisé en 2017 avec la demande de chaleur des bâtiments résidentiels-tertiaires projetée sur les routes issue de l’étude FEDENE/SNCU/Setec environnement, réalisée en 2015 permet de quantifier et localiser le potentiel de développement des réseaux de chaleur, comme on peut le voir sur l’illustration suivante.

Croisement des réseaux de chaleur fictifs pour lesquels la demande de chaleur projetée sur les routes est supérieure ou égale à 4,5 MWh/ml (en jaune) et des tracés des réseaux de chaleur existants (en rouge)

En créant tous les réseaux de chaleur dont la densité thermique est supérieure à 4,5 MWh/ml (cette densité thermique permet un prix de la chaleur livrée raisonnable selon la publication du Service de la donnée des études statistiques du MTES « Les réseaux de chaleur : quel prix pour le consommateur ? », septembre 2016,), on obtient un objectif de développement de la chaleur livrée de + 17TWh par rapport à 2012 (cet objectif est issu de l’étude FEDENE/SNCU/Setec environnement, réalisée en 2015) où 1,63 TWh EnR&R ont été livrés. En considérant une part EnR&R de 80 % (la part EnR&R moyenne en AURA actuellement est de 68%), et une baisse des consommations de 20 % (la stratégie nationale bas carbone fixe une baisse des consommation énergétiques de 28% en 2030 par rapport à 2010 pour le résidentiel-tertiaire, on retient ici une baisse de 20% par rapport à 2012), cela donne un objectif total, arrondi au-dessus, de 12,5 TWh EnR&R. Cet objectif est ambitieux puisqu’il correspond à plus de 30 % de l’objectif national à 2030, mais il est réalisable si les moyens de conversion des bâtiments chauffés actuellement par des énergies fossiles vers du renouvelable sont mis en place.

À titre de comparaison et d’information, l’ADEME, dans le cadre des discussions sur la PPE, estime un potentiel de 10,9 TWh EnR&R en AURA livrés par les réseaux en 2030, en prenant une part EnR&R à 65 %.

Objectif de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux par conservation du rapport actuel de la région AURA par rapport à la France : 6 TWh

La quantité de chaleur renouvelable livrée par les réseaux en région AURA représente environ 15 % de celle française. Les objectifs français sont de 15 700 GWh de chaleur renouvelable livrée par les réseaux en 2018, 22 097 à 26 749 GWh en 2023 et 39 542 GWh en 2030. Si l’on conserve ce rapport pour fixer des objectifs en AURA, on obtient 5 931 GWh EnR&R en 2030, soit environ 6 TWh. Ces objectifs sont peu ambitieux mais très réalistes.

Objectif de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux par création dans les communes > 10 000 hab : 350 GWh

Voici la liste des communes > 10 000 habitants sans réseau recensé.

Département

Commune

Population [nb d’hab]

Département

Commune

Population [nb d’hab]

1

BELLEGARDE-SUR-VALSERINE

11961

69

CHASSIEU

10043

1

AMBERIEU-EN-BUGEY

14888

69

PIERRE-BENITE

10232

3

YZEURE

13486

69

CRAPONNE

10667

3

VICHY

25756

69

TARARE

10961

7

TOURNON-SUR-RHONE

11171

69

CORBAS

11082

7

GUILHERAND-GRANGES

11179

69

BRIGNAIS

11581

26

BOURG-DE-PEAGE

10392

69

GENAS

12598

26

BOURG-LES-VALENCE

19842

69

MIONS

12649

38

SASSENAGE

12011

69

FRANCHEVILLE

14395

38

SEYSSINET-PARISET

12330

69

SAINT-FONS

17682

38

SAINT-EGREVE

16315

69

SAINT-GENIS-LAVAL

21353

38

L’ ISLE-D’ABEAU

16590

69

TASSIN-LA-DEMI-LUNE

21543

38

MEYLAN

18031

69

SAINTE-FOY-LES-LYON

22110

38

VILLEFONTAINE

18499

69

DECINES-CHARPIEU

27267

38

VOIRON

20606

69

MEYZIEU

31841

38

VIENNE

30122

69

CALUIRE-ET-CUIRE

43311

42

ROCHE-LA-MOLIERE

10240

73

LA MOTTE-SERVOLEX

12113

42

RIORGES

11019

74

PASSY

11393

42

LE CHAMBON-FEUGEROLLES

12667

74

LA ROCHE-SUR-FORON

11560

42

SAINT-JUST-SAINT-RAMBERT

14594

74

GAILLARD

11862

42

RIVE-DE-GIER

14810

74

SAINT-JULIEN-EN-GENEVOIS

12823

63

GERZAT

10525

74

BONNEVILLE

13112

63

PONT-DU-CHATEAU

10806

74

RUMILLY

14938

63

THIERS

11685

74

SALLANCHES

16608

63

ISSOIRE

14729

74

ANNECY-LE-VIEUX

21056

63

COURNON-D’AUVERGNE

19691

En créant un réseau de chaleur par commune > 10 000 habitants, en considérant un taux de raccordement de 10 % et une baisse des consommations de 20 % d’ici 2030, on obtient un potentiel de 0,1 x 0,8 x consogazRT = 350 GWh. Il est à noter que les projets de création connus à ce jour ne sont pas dans l’une de ces communes.

En conclusion

L’objectif total de chaleur renouvelable livrée par les réseaux à horizon 2030 par création des réseaux où la densité thermique est > à 4,5MWh/ml (= objectif issu de l’étude SNCU/Setec) semble le plus pertinent : 12,5 TWh, soit, en considérant une part renouvelable de 80 %, 15,6 TWh de chaleur livrée par les réseaux. Le potentiel pour atteindre cet objectif est faible en création (350 GWh), verdissement (200 GWh) et beaucoup plus important en densification/extension (9 245 GWh), comme le montre le graphique récapitulatif suivant.

Graphique montrant la chaleur renouvelable livrée actuellement par les réseaux et le potentiel de développement à 2030 (projets, verdissement, création, densification/extension) en GWh – Source : Cerema

Afin d’alimenter les Plans Climat Air Énergie Territoriaux (PCAET), voici ci-après une carte des potentiels de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux par EPCI > 20 000 habitants. Cette carte donne une fourchette de potentiel, mais les valeurs précises sont disponibles dans les tables de données diffusées.

Carte montrant le potentiel de développement de la chaleur livrable par réseau par EPCI > 20 000 habitant, c’est-à-dire celles qui sont obligées de réaliser un PCAET, en AURA – Source : Cerema

Maintenant qu’un objectif total de chaleur renouvelable livrée par les réseaux a été estimé et cartographié à horizon 2030 (12,5 TWh), et décomposé en existant plus création/verdissement/densification-extension, regardons les gisements d’énergies renouvelables et de récupération mobilisables en AURA pour y répondre.

Quelles énergies renouvelables et de récupération utiliser pour développer la chaleur renouvelable en AURA en 2030 ?

La chaleur fatale à hauteur de 2 330 GWh (850 GWh utilisés en 2017)

Nebula – Source : Pixabay

D’après l’état des lieux DREAL/Cerema, les réseaux de chaleur utilisent actuellement 850 GWh de chaleur fatale, uniquement issue de l’incinération des déchets. 10 réseaux utilisent cette chaleur d’incinération, sur 18 usines d’incinération présentes dans la région (Source : SVDU-ADEME 2015, d’après la fiche régionale du SNCU en Auvergne-Rhône-Alpes : http://www.fedene.fr/etudes-publications/reseaux-de-chaleur-et-de-froid/). Les plus importants sont celui de Grenoble (CCIAG) et Lyon (Centre-Métropole). Le tableau suivant récapitule les réseaux existants recensés utilisant la chaleur issue de l’incinération des déchets et la quantité.

Nom du réseau et commune

Quantité de chaleur livrée issue de l’incinération des déchets [MWh]

Bourgoin-Jailleu UIOM SITOM Nord Isère

11 050 MWh

Grenoble CCIAG chaleur

318 284 MWh

Firminy

18 093 MWh

Gleize Belleroche Ouest

5 929 MWh

Centre-métropole (anciennement Lyon-Villeurbanne)

170 127 MWh (248 823 MWh supplémentaires en projet)

Rillieux-la-Pape UIOM Valorly

64 985 MWh

Villefranche-sur-Saône UIOM

22 936 MWh

Chambéry SCDC

68 017 MWh

Seynod ZUP Champ Fleury

41 531 MWh

Thonon-les-Bains UVE STOC

60 676 MWh

Il reste donc 8 sites d’incinération de déchets dont la chaleur n’est pas exploitée (sous forme de chaleur) et il y a également d’autres sites rejetant de la chaleur comme les stations d’épuration, des industries, les data centers, les crématoriums… Le SRCAE Rhône-Alpes estime le potentiel de récupération de chaleur des cimenteries à environ 3 000 GWh à 2020. À notre connaissance, aucun réseau n’utilise la chaleur issue de cimenterie actuellement, ce potentiel n’est donc pas pris en compte ici, mais il serait intéressant de creuser la question.

D’après la publication de l’ADEME de 2017, le gisement de chaleur fatale (ce gisement est basé sur les données Ceren et prend en compte l’ensemble des industries de plus de 10 salariés, pour tous les secteurs (chimie, agroaliementaire, métaux, sidérurgie, verre, cimenterie…) répertoriés dans la base de données du CEREN ainsi que les raffineries pétrolières en activité) pour la région Auvergne-Rhône-Alpes est de 13 790 GWh, 3è gisement régional de France. C’est une région industrielle diversifiée, la chimie représente un tiers du potentiel et les minéraux non-métalliques représentent 38 % du potentiel de chaleur fatale >100°C. La publication ADEME donne également le potentiel de chaleur fatale issue d’usines d’incinération d’ordures ménagères, de stations d’épuration et de data centers, à proximité de réseaux de chaleur. Ce potentiel est de 2 330 GWh pour la région AURA.

Le potentiel de développement de la chaleur fatale en réseaux est donc d’environ 1 480 GWh. Ce potentiel est le plus facilement exploitable et identifiable, mais il est possible d’utiliser encore plus de chaleur fatale en élargissant le panel de sites de production. Pour cela, il est possible d’utiliser le guide à la rédaction d’un cahier des charges permettant d’évaluer et valoriser la chaleur fatale sur un territoire, publié par l’ADEME et la FNCCR en 2018.

Le solaire thermique à hauteur de 500 GWh (435 MWh utilisés en 2017)

D’après l’état des lieux DREAL/Cerema, les réseaux de chaleur utilisent actuellement au moins 445 MWh de solaire thermique. 4 réseaux utilisant du solaire thermique ont été recensés et sont listés dans le tableau ci-dessous, avec leur production solaire lorsqu’elle est connue.

Nom du réseau et commune

Quantité de chaleur livrée issue du solaire thermique [MWh]

Col de Romeyre à Rencurel (38)

Ce réseau est en régie, par la commune de Rencurel. Il fournit chauffage et ECS. Il utilise du bois du Vercors sous forme déchiquetée ou de plaquettes forestières résineuses. 22m² de panneaux solaires thermiques préchauffent l’eau revenant du réseau, et un ballon tampon de 5000 L optimise le fonctionnement.

9,9 MWh en utilisant le ratio d’AURAEE de 450 kWh/m²

Voreppe quartier Bannettes (38) en projet actuellement

Clermont-Ferrand St Jacques (63)

Ce réseau utilise une cogénération gaz et le solaire pour l’eau chaude sanitaire.

178 MWh

Macôt La Plagne

Il y a une chaudière automatique à bois déchiqueté et chaque bâtiment dispose d’un chauffe-eau solaire et d’un système solaire combiné permettant de couper la chaudière bois à partir de la mi-saison et en été, le solaire fournit l’eau chaude à cette période.

257 MWh

L’agence Auvergne-Rhône-Alpes Énergie Environnement (AURA-EE) étudie actuellement le potentiel d’intégration du solaire thermique dans les réseaux de chaleur, dans le cadre du projet européen Solar District Heating, et estime celui-ci à 233 GWh pour l’intégration du solaire dans les réseaux existants. Ce potentiel exclut les réseaux utilisant la chaleur de récupération de l’incinération des déchets, car cette chaleur est émise de façon constante toute l’année, et limite l’intégration du solaire à 15 % de la part fossile (exemples : un réseau 10 % fossile intègre 10 % de solaire ; un réseau 100 % fossile intègre 15 % de solaire). Ce sont des hypothèses prudentes. En prenant une hypothèse de 5 % de solaire thermique dans le mix énergétique des réseaux de chaleur/froid en AURA en 2030, on obtient 780 GWh solaires dans les réseaux en 2030 (pour mémoire, l’objectif de chaleur livrée par les réseaux en 2030 mis en place plus haut est de 15,6 TWh). Cela correspond à 430 Ha au sol, 1 730 000 m² de panneaux (d’après les ratio d’AuRAEE : la productivité moyenne des panneaux est de 450kWh/m², et pour 1m² de panneaux, on en compte 2,5 au sol. 1 hectare = 10 000m²). Cet objectif est ambitieux et peut plus raisonnablement être ramené à 500 GWh. Ce qui fait quand même 1 110 000 m² de panneaux, et une emprise de 280 Ha au sol. Pour aller plus loin, il serait pertinent de réaliser un cadastre solaire régional pour évaluer les surfaces disponibles, et les répartir entre le solaire photovoltaïque et thermique.

La chaleur géothermique à hauteur de 670 GWh (0 utilisé en 2017)

D’après l’état des lieux DREAL/Cerema, aucun réseau de chaleur n’utilise la géothermie. En Auvergne-Rhône-Alpes, il n’y a pas de source géothermique profonde prouvée ou probable, selon les connaissances actuelles. Des travaux de recherche seront prochainement engagés, comme l’indique la DREAL sur son site : « Des travaux de recherches par forages dans des horizons situés entre 3500 m et 5000 m de profondeur à des températures de l’ordre de 150 à 250°C seront prochainement engagés. Ils pourraient aboutir à des travaux d’exploitation en cas de succès. »

Potentiel géothermique du meilleur aquifère en Rhône-Alpes – Source : SRCAE RA de 2014

Potentiel géothermique en sondes verticales en Rhône-Alpes – Source : SRCAE RA de 2014

Dans le SRCAE Rhône-Alpes de 2014, le potentiel géothermique à l’horizon 2020 est estimé à 1570 GWh. Mais il s’agit a priori d’un potentiel de géothermie très basse énergie (< 30°C) et non disponible partout. Ainsi, il s’agirait plutôt de quartiers neufs et/ou rénovés et de réseaux de chaleur neufs et/ou rénovés, dans des endroits propices, ce qui limite fortement le développement à horizon 2030. On retiendra donc un faible potentiel de 670 GWh pour rester réaliste, en l’état actuel des connaissances. Ce potentiel pourra fortement augmenter si une source géothermique haute énergie est mise en évidence par les travaux et études à venir.

Le biogaz à hauteur de 700 GWh (0 utilisés en 2017)

D’après l’état des lieux DREAL/Cerema, aucun réseau de chaleur n’utilise le biogaz (mais cela peut être masqué par l’appellation « gaz » dans le mix énergétique de certains réseaux). Au niveau national, en 2012, 1 000 GWh de chaleur étaient produits à partir de biogaz, dont environ 20 % étaient utilisées pour alimenter les réseaux de chaleur. La PPE fixe désormais de 700 à 900 ktep (soit 8 141 à 10 467 GWh) l’objectif quantitatif de chaleur produite chaque année à partir du biogaz d’ici 2023 au niveau national, avec une utilisation majoritaire par les réseaux de chaleur et l’injection dans le réseau de gaz naturel. En faisant l’hypothèse d’utiliser 5 % de biogaz dans le mix EnR&R des réseaux de chaleur/froid en AURA, on obtient un objectif quantitatif de 780 GWh biogaz. En prenant le ratio de 15 % mis en évidence précédemment, cela correspond à 700 GWh de biogaz (on retient un objectif national de 9 300 GWh à 2023, avec utilisation à 50 % en réseaux de chaleur soit : 0,15*9300*0,5 = 700 GWh). S’agissant d’objectifs à 2030 (et non 2023 comme la PPE), il semble pertinent de fixer un objectif de développement du biogaz à 700 GWh en AURA.

Le bois-énergie à hauteur de 8 300 GWh (1 300 GWh utilisés en 2017)

L’IGN a réalisé en partenariat avec le FCBA et avec le soutien de l’ADEME une étude, publiée en 2016, visant à évaluer les disponibilités en bois d’œuvre, en bois d’industrie et en bois énergie des forêts françaises à l’horizon 2035.

Il est à noter que ces résultats tiennent compte de la protection de la biodiversité, grâce à l’identification des forêts à enjeux et en excluant certaines zones de protection environnementale de la gestion dynamique progressive. Le tableau ci-dessous précise le potentiel de bois-industrie et bois-énergie pour la région AURA, sur la période 2031-2035, en milliers de m³ par an :

Disponibilités technico-économiques

Disponibilités supplémentaires1

Sylviculture constante

3204 milliers de m³/an

203 milliers de m³/an

Gestion dynamique progressif2

4256 milliers de m³/an

1256 milliers de m³/an

Source : étude IGN-ADEME-FCBA de 2015 sur les disponibilités bois en 2035

Le bois d’industrie et énergie se situe dans la cime de l’arbre, dans les branches jusqu’à 7 cm de diamètre, et pour les arbres sans bois d’œuvre potentiel, dans la totalité des tiges, soit la partie en orange et jaune dans l’illustration ci-contre.

1« la disponibilité supplémentaire, c’est-à-dire la quantité de bois disponible en plus des usages actuels, est estimée en retranchant au volume de disponibilité technique et économique l’évaluation de la récolte actuelle mesurée directement en forêt par l’IGN. »

2Exploitation de 70 % des forêts (100 % étant le niveau d’exploitation à partir duquel la forêt décroît) contre 50 à 55 % pour le scénario constant

En 2015, la demande de bois-énergie est deux fois plus importante que la demande de bois-industrie. Cela correspond à une disponibilité bois-énergie supplémentaire comprise entre 5 000 et 9 000 GWh environ (on considère qu’1 m³ pèse environ 800kg et qu’1 tonne de bois frais dégage environ 3 000 kWh (voir article sur les unités de mesure du bois énergie du centre régional de la propriété forestière du Limousin) en AURA à l’horizon 2035. Le schéma régional biomasse en cours de construction se base également sur l’étude IGN/FCBA et estime à 700 ktep le bois-énergie supplémentaire disponible à l’horizon 2030, soit environ 8 000 GWh. On peut raisonnablement fixer un objectif de 7 000 GWh de biomasse (la biomasse sera principalement constituée de bois-énergie, mais cela peut aussi être de la valorisation en chaleur de farines animales (comme pour le réseau de Grenoble), de noyaux de fruits, de paille, etc.) supplémentaire livrés par les réseaux à l’horizon 2030. D’après l’état des lieux DREAL/Cerema, les réseaux de chaleur utilisent actuellement 1 280 GWh de bois et 20,33 GWh de farines animales. Cela fixe donc une mobilisation du bois par les réseaux de chaleur à 8 300 GWh en 2030. Une hiérarchie des systèmes est à définir et à intégrer dans les politiques mises en œuvre comme de privilégier les systèmes de chauffage collectifs avec filtre et meilleur rendement, aux systèmes individuels potentiellement plus polluants.

En conclusion, voici donc le mix énergétique des réseaux de chaleur en AURA en 2030

En mobilisant les potentiels par énergie identifiés précédemment, on obtient le mix énergétique suivant pour les réseaux de chaleur en AURA en 2030 :

Graphique montrant le mix énergétique des réseaux de chaleur en 2030 – Source : Cerema

Ce mix énergétique correspond parfaitement à l’objectif de livraison de 15,6 TWh de chaleur par les réseaux en 2030, estimé dans la partie précédente, et à une part EnR&R de 75 %.

Les objectifs nationaux de mix énergétique des réseaux de chaleur prévus par la PPE sont les suivants :

Mix énergétique EnR&R national des réseaux en 2018 et 2023 de la PPE – Source : DGEC

En proportion, par rapport au niveau national, on constate que la géothermie et le solaire thermique sont plus faibles en AURA mais que le bois et le biogaz sont plus importants.

Pour aller plus loin

Note d’enjeux au format pdf sur l’état des lieux et le potentiel de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux en AURA

Les outils mobilisables pour développer les réseaux de chaleur/froid renouvelables :

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