État des lieux des réseaux de chaleur/froid en AURA en 2017 et particularités régionales

Le Cerema a réalisé, pour la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, un état des lieux des réseaux de chaleur et de froid en région et a étudié le potentiel de développement de la chaleur renouvelable livrée par les réseaux. Cet article détaille les résultats de l’état des lieux et les particularités régionales.

Résultats de l’état des lieux 2017 des réseaux de chaleur/froid en AURA

Tracés des réseaux de chaleur/froid obtenus – zoom sur le Grand Lyon – source : Cerema

La campagne de recensement des réseaux de chaleur 2017 (sur une situation fin 2016) de l’enquête nationale, menée par le Syndicat National du Chauffage Urbain et de la Climatisation Urbaine (SNCU) pour le compte du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire (MTES) dénombre 145 réseaux en Auvergne-Rhône-Alpes (AURA). L’état des lieux effectué par le Cerema a permis de recenser, en AURA, 252 réseaux de chaleur, 3 réseaux de froid et 6 réseaux en projet. Sur la cartographie établie, 96 réseaux ont été cartographiés finement par leur tracé, les autres ont été positionnés au centroïde de la commune. Contrairement à l’enquête nationale qui se trouve sous le secret statistique, toutes les informations issues de cette enquête en AURA sont publiées et accessibles afin qu’elles alimentent les documents de planification énergétiques comme le schéma régional climat-air-énergie (SRCAE, contenu dans le SRADDET) et les plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET) :

-> Télécharger ici le tableau au format ods synthétisant les informations et leurs sources des 261 réseaux recensés en Auvergne-Rhône-Alpes

-> Télécharger ici le fichier shape contenant les données et tracés des 96 réseaux de chaleur et de froid numérisés

Les chiffres clés issus cet état des lieux régional sont les suivants :

Mix énergétique des réseaux de chaleur recensés en AURA – Source : Cerema

  • Chaleur livrée : 3 586 GWh
  • Part EnR&R : 68 %
  • Contenu CO2 moyen : 0,093 kgCO2/kWh
  • Chaleur renouvelable livrée : 2 140 GWh – 1 280 GWh bois, 850 GWh incinération des déchets, 19 GWh de farines animales et 430 MWh solaire
  • Chaleur renouvelable en projet : 566 GWh (197 MWh bois, 249 MWh incinération des déchets et 120 MWh non détaillées)

Attention :
Les données recensées par réseau sont les plus complètes possible, mais elles restent incomplètes, par exemple : le mix énergétique n’est pas connu pour une 20aine de réseaux. Ainsi, par exemple, la chaleur renouvelable livrée est plus faible que la part EnR&R multipliée par la chaleur totale livrée.

Chiffres clés des réseaux de chaleur/froid recensés en 2016 par département, en rouge on devine les tracés des réseaux numérisés – Source : Cerema

L’état des lieux est basé sur des données réelles (de chaleur livrée par réseau, d’énergies utilisées, etc.), il est donc fiable et peut être utilisé à toute échelle géographique allant de la région à la commune et au tracé au plus près des bâtiments. Il n’est par contre pas forcément exhaustif puisqu’il est basé sur les réseaux connus et les informations envoyées par les organismes enquêtés. De plus, les tracés peuvent être utilisés afin d’avoir une idée des bâtiments-quartiers raccordés, mais ils ne sont pas suffisamment précis pour planifier des travaux de voiries et de passage d’autres réseaux par exemple.

Quelles sont les particularités régionales en AURA concernant la chaleur ?

Une qualité de l’air dégradée dans certaines zones notamment à cause du chauffage

Photo de Lyon illustrant un épisode de pollution aux particules – Source : Cerema

La région souffre de pollution de l’air, avec dépassements et contentieux européens concernant les PM10 et le NO2. En effet, d’après le Bilan de la qualité de l’air en France en 2016, publié en octobre 2017, réalisé par le Service de la donnée et des études statistiques (SDES) du MTES :

« De 2009 à 2011, la France a reçu plusieurs avertissements de la Commission européenne (mise en demeure, avis motivé, saisine de la Cour de justice de l’Union européenne) pour le non-respect des normes de qualité de l’air pour la protection de la santé humaine fixées pour les PM10. En février 2013, la Commission européenne a adressé à la France une mise en demeure complémentaire et a élargi ses griefs contre elle. Désormais, il est reproché à la France de ne pas se conformer aux niveaux réglementaires de concentrations de particules dans l’air et de ne pas mettre en place des plans d’action répondant aux ambitions de la directive. La France a reçu un avis motivé en avril 2015 pour 10 zones : Douai-Béthune-Valenciennes, Grenoble, Lyon, Marseille, la Martinique, Nice, Paris, Toulon, la zone urbaine régionale de Provence-Alpes-Côte-d’Azur et la zone urbaine régionale de Rhône-Alpes. Par ailleurs, les normes européennes de qualité de l’air pour la protection de la santé humaine concernant le NO2 sont entrées en vigueur en 2010 et sont dépassées chaque année dans plusieurs agglomérations. En février 2017, la France a reçu un avis motivé de la part de la Commission européenne relatif aux dépassements des normes de qualité de l’air pour la protection de la santé en NO2 et insuffisance des plans d’action en visant 13 zones et agglomérations : Clermont-Ferrand, Grenoble, Lyon, Marseille, Montpellier, Nice, Paris, Reims, Saint-Étienne, Strasbourg, Toulon, Toulouse, et la Vallée de l’Arve. »

Ces dépassements sont en partie liés au chauffage au bois individuel. La mise en réseau de celui-ci permet de réduire les émissions. En effet, une chaufferie bois équipée de filtre et récupérateur d’énergie alimentant plusieurs milliers voire dizaines de milliers d’équivalents logements n’émet que l’équivalent de quelques cheminées individuelles, comme on peut le voir sur les graphiques suivants.

Facteurs d’émission et émission annuelle (pour l’année 2005) de poussières et monoxyde de carbone, corrigés du rendement (en g/GJ sortant) pour un poêle ancien, un poêle récent, un poêle performant et une chaufferie collective – Source : CITEPA

Des gisements importants de chaleur fatale, de bois et de biogaz

La région AURA a un gisement important de chaleur fatale, de bois-énergie et de biogaz, par rapport à la moyenne nationale.

En effet, la région AURA a le 3ᵉ plus important gisement régional de France de chaleur fatale, derrière le Grand-Est et les Hauts-de-France. C’est une région industrielle diversifiée, la chimie représente un tiers du potentiel et les minéraux non-métalliques représentent 38 % du potentiel de chaleur fatale >100°C. En ce qui concerne le potentiel de chaleur fatale facilement récupérable par les réseaux de chaleur, celui-ci est également le 3ᵉ plus important de France derrière les Hauts-de-France et la Normandie. De plus, le SRCAE Rhône-Alpes indique un potentiel de récupération de chaleur des cimenteries important (environ 3 000 GWh à 2020), qu’il serait intéressant d’étudier.

Les régions Auvergne et Rhône-Alpes sont parmi les régions ayant les disponibilités technico-économiques les plus importantes en bois-énergie, avec l’Aquitaine, la Bourgogne, le Centre, la Champagne-Ardenne, la Franche-Comté, la Lorraine.

De nombreux réseaux de chaleur

La région AURA est la 2ᵉ en termes de chaleur livrée par les réseaux, derrière la région Ile-de-France. Il s’agit de la région ayant le plus de réseaux de chaleur recensés (145) en France. Leur taux EnR&R est supérieur à la moyenne nationale.

Les chiffres clés régionaux sur les réseaux de chaleur en 2016 – Source : SNCU

Voir la fiche réalisée et publiée par la FEDENE en 2017 sur la chaleur renouvelable et de récupération en AURA.

En savoir plus

Voir l’article récapitulatif de l’étude sur le potentiel de développement des réseaux de chaleur/froid en AURA

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