Visite de la chaufferie bois du réseau de chaleur de Nantes

Vue extérieure sur la chaufferieVisite en images de la chaufferie bois installée en 2013 sur le réseau de chaleur Bellevue, à l’ouest de Nantes.

Nantes Métropole dispose, sur la ville de Nantes, de deux réseaux de chaleur historiques :

  • le réseau Centre-Loire (exploité par Erena, filiale de Cofely) qui dessert la partie sud-est et centre de la ville, qui doit faire l’objet d’évolutions importantes dans les prochaines années, afin d’augmenter la quantité d’équivalents-logements desservis (objectif 41000 équivaents-logements / 390000 MWh/an) et d’introduire du bois dans son mix énergétique (objectif 43% bois, 41% UIOM, soit 84% d’EnR&R).
  • le réseau de Bellevue (exploité par Nadic, filiale de Dalkia), qui est sur la partie ouest de la ville, et qui depuis 2013 fait l’objet d’évolutions importantes : extensions, mise en place d’une chaufferie bois.

Le 7 février 2014, Nantes Métropole et son exploitant nous ont permis de visiter la nouvelle chaufferie bois du réseau de chaleur de Bellevue, inaugurée juste avant l’hiver 2013/2014.

Le réseau de chaleur de Bellevue

Créé en 1968 pour alimenter le quartier de Bellevue, le réseau fut d’abord exploité dans le cadre d’un affermage d’une durée de 30 ans. Puis le réseau est passé en délégation de service public concessive, qui arrivera à échéance en 2023.

En 2008, ce réseau était alimenté exclusivement par des énergies fossiles (gaz, fioul), avec une cogénération. Il s’étendait sur 10 kilomètres et desservait environ 5600 équivalents-logements.

Travaux de la chaufferie (photo : nantes.fr)

Travaux de la chaufferie (photo : nantes.fr)

La mise en place de la chaufferie bois, réalisée afin de renforcer la capacité de production du réseau à travers la mobilisation d’une ressource renouvelable, a été menée dans le cadre d’un programme d’extension du réseau, qui s’étend désormais sur 21 kilomètres, pour 10200 équivalents-logements (on note que la densité thermique a légèrement diminué, mais reste proche de 500 équivalents-logements par kilomètre). Cette extension a été facilitée par le raccordement d’un important bailleur, qui jusqu’alors disposait d’un réseau technique desservant ses bâtiments.

80% de la chaleur livrée est consommée par des bailleurs ; sont également raccordés plusieurs bâtiments publics (collèges, lycées…). 46000 MWh sur les 84000 MWh produits annuellement sont issus de la biomasse.

En 2012, le coût moyen du MWh était de 88,9€ TTC (source). Avec la mise en service de la chaufferie bois et l’extension du réseau à de nouveaux clients, l’exploitant indique que le coût devrait baisser d’environ 12%.

La chaufferie bois

Le site d’implantation de la chaufferie (photo prise avant travaux)

Le site d’implantation de la chaufferie (photo prise avant travaux)

Inaugurée en 2013, la chaufferie a été créé sur une ancienne friche industrielle (propriété de Nantes Métropole). Ceci illustre la possibilité, pour les détenteurs de friches, de les valoriser par la mise en place d’équipements de production d’énergies renouvelables – ici chaleur renouvelable.

Le bâtiment, assez imposant, est équipé d’un hangar de stockage du bois d’une capacité de 4 jours de chauffe (sans livraison). En fonctionnement courant, il est alimenté par 8 camions par jour. Ces derniers livrent le bois (sous forme de plaquette) depuis différents fournisseurs, tous situés dans un rayon de 100km autour de la chaufferie. Sur un an, ce sont ainsi 20000 tonnes de bois qui sont consommées.

Le terrain d’implantation de la chaufferie se situe à proximité immédiate de la Loire. La question de l’approvisionnement fluvial pourrait donc se poser. Toutefois, compte tenu de la consommation de la chaufferie, cette option a été écartée. Selon l’exploitant, la livraison du bois par voie d’eau peut se justifier pour des chaufferies beaucoup plus grosses, de l’ordre de 100 MW.

A l’intérieur du bâtiment, 2 chaudières bois (de fabrication française) d’une puissance de 6,3 MW chacune produisent la chaleur. Ces 2 chaudières sont entièrement dissociées (2 filtres, 2 tapis roulant, etc.) de façon à ce qu’une chaudière puisse marcher seule en cas de panne, opération d’entretien ou autre motif nécessitant d’interrompre l’autre. Ceci permet également de moduler la puissance bois fournie sur l’année. Actuellement, le besoin d’eau chaude sanitaire n’est pas suffisant pour justifier le fonctionnement d’une chaudière bois en été ; mais si ce besoin augmentait grâce au raccordement d’importants clients, l’exploitant pourrait envisager de faire fonctionner une des chaudières bois toute l’année.

Particularité technique de ces chaudières : elles sont équipées d’un système de récupération de chaleur par condensation des fumées. Ce dispositif (prototype) permet d’accroître la puissance de 750 kW par chaudière, soit une augmentation de plus de 10% de la puissance totale que la chaufferie est capable de fournir.

Au total, lorsque les 2 chaufferies bois sont allumées et que le fonctionnement est optimal, la puissance est donc de l’ordre de 14 MW. On estime que l’impact en terme d’emplois créés (depuis la fourniture du combustible à la livraison de la chaleur) est d’environ 10 emplois pour 10 MW de puissance bois installée. Sur le site, 2 techniciens sont présents pour assurer le fonctionnement de la chaufferie ; l’essentiel des opérations (comme l’acheminement du bois depuis le stockage jusqu’aux chaudières) sont automatisées. L’exploitant souligne le besoin de développer les compétences et les formations pour permettre à ces nouvelles chaufferies bois de fonctionner : une chaufferie à combustible solide ne se gère pas de la même façon qu’une chaufferie gaz ou fioul, qui étaient (et sont encore) dominantes en France.

L’intégration de la chaufferie dans l’environnement urbain n’a pas posé de difficultés particulières. La communication menée en amont auprès des riverains a permis d’expliquer la nature de la réalisation et les mesures prises pour préserver la qualité de l’air (filtrage des fumées selon les règles en vigueur).

La réalisation de la chaufferie bois a représenté un investissement de 22 millions d’euros (dont 5,6 millions d’euros d’aide versée par l’État au titre du fonds chaleur).

Sur le même sujet...