Les réseaux de chaleur en France

Les réseaux de chaleur se sont essentiellement développés en France après 1950. Aujourd’hui, ils apparaissent comme un moyen d’utiliser massivement certaines énergies renouvelables comme la biomasse et la géothermie. Les 450 réseaux recensés en France desservent environ 2,1 millions d’équivalents-logements, dont 2/3 dans le secteur résidentiel. Présents dans les zones urbaines denses, les réseaux sont alimentés à plus de 70% par des énergies fossiles, sources de gaz à effet de serre. Afin de contribuer aux objectifs du Grenelle de l’environnement, d’ici 2020 le nombre de raccordement devra être triplé et la part des énergies renouvelables portée à 75%.

NB : les chiffres présentés dans cet article sont issus de l’enquête nationale 2011. Pour des statistiques plus complètes et plus récentes, voir Statistiques sur les réseaux de chaleur en France.

Historique

Bien que l’on trouve la trace de réseaux de chaleur en Europe sous l’Empire romain (circuits d’eau chaude desservant bains publics et serres) et au Moyen-Âge (avec par exemple au 14ème siècle la création du réseau géothermique de Chaudes-Aigues), c’est au cours du dernier siècle que le chauffage urbain a véritablement pris son essor.

Chantier de géothermie en région parisienne , 1981 (Photo DREIF/Gobry)

Chantier de géothermie en région parisienne , 1981 (Photo DREIF/Gobry)

En France, le développement des réseaux de chaleur au cours du 20ème siècle se décompose en 4 grandes périodes. Avant 1950, quelques réseaux sont établis dans de grandes villes aux besoins de chaleur importants (Paris, Strasbourg, Grenoble). Après avoir accompagné les politiques d’urbanisation entre 1950 et 1970, la croissance ralentit, puis le chauffage urbain bénéficie d’un regain d’intérêt dans les années 1980 suite aux chocs pétroliers. De nombreux réseaux alimentés par la géothermie profonde sont alors créés en Île-de-France. A partir de la fin des années 2000, les réseaux sont perçus comme un outil de mobilisation des énergies renouvelables, permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre, dont un tiers provient de la production de chaleur pour le résidentiel et le tertiaire.

Les réseaux de chaleur français en chiffres

450 réseaux pour 6% des besoins nationaux de chauffage

Le Syndicat National du Chauffage Urbain (SNCU) recense 418 réseaux de chaleur et 14 réseaux de froid (enquête 2009), répartis sur 350 villes et s’étendant sur 3300km. Ce recensement inclut tous les réseaux d’une puissance supérieure à 3,5 MW (soit environ 3000 équivalents-logements), ainsi que certains réseaux moins puissants, souvent alimentés par de la biomasse. Ces petits réseaux bois ne sont aujourd’hui pas recensés de manière exhaustive ; en 2010, l’association de collectivités AMORCE estime leur nombre à environ 470.

Chiffres clés (2009)

Chiffres clés (2009)

Au total, les réseaux de chaleur distribuent aujourd’hui 5 à 6% de la chaleur consommée dans le résidentiel et le tertiaire en France. Dans certains pays d’Europe, essentiellement au nord et à l’est, les réseaux de chaleur assurent une part bien plus importante des besoins de chauffage : 60% au Danemark, 95% en Islande, 52% en Pologne, 50% en Suède et en Norvège…

Les énergies fossiles (majoritairement le gaz) sont aujourd’hui largement dominantes dans l’approvisionnement des réseaux français. Les énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) apportent 31% de l’énergie. Si on exclut la chaleur issue de l’incinération d’ordures ménagères pour ne considérer que le bois et la géothermie, ce pourcentage tombe à 8%. L’émission moyenne de CO2 des réseaux de chaleur est de 0,190 kg/kWh (contre 0,180 pour l’électricité, 0,234 pour le gaz, 0,384 pour le charbon).

Usagers : 2/3 secteur résidentiel, 1/3 secteur tertiaire

Les réseaux de chaleur desservent actuellement environ 2,1 millions d’équivalents-logements (soit 40 GWh de chaleur livrés annuellement), majoritairement dans des zones urbaines denses. Le résidentiel consomme 57% de la chaleur livrée, tandis que le tertiaire (y compris les services publics) en consomme 36%.

Plus de la moitié des logements raccordés sont des logements sociaux, et 17% des logements sociaux sont chauffés par un réseau de chaleur. Dans le secteur tertiaire, 60% de la chaleur est consommée par les bâtiments publics des secteurs hospitalier, scolaire et militaire.

En ce qui concerne les réseaux de froid, les principaux utilisateurs sont les immeubles du bureaux et les établissements recevant du public tels que les centres commerciaux, les musées, les hôtels.

Une répartition géographique hétérogène

Sur les 432 réseaux recensés, 120 se trouvent en région parisienne ; 30% des usagers du chauffage urbain vivent en Île-de-France. La région Rhône-Alpes compte environ 50 réseaux. Les autres régions en comptent moins de 20, pour certaines moins de 10. On note une présence des réseaux plus marquée dans le nord et l’est que dans le sud et l’ouest du pays. Ces disparités régionales peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment la rigueur climatique, la densité de population et la présence d’agglomérations importantes.

Avec le nouvel élan donné aux énergies renouvelables, souvent puisées localement, la répartition des ressources sur le territoire devient également un facteur clé, déjà illustré par la forte présence des réseaux dans le sud-est parisien, zone propice à la géothermie profonde.

Évolutions

Objectif 2020 : équivalents-logements x3 et 75% d’EnR&R

Objectif 2020 : équivalents-logements x3 et 75% d’EnR&R

Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, les objectifs fixés à l’horizon 2020 sont un triplement du nombre d’équivalents-logements raccordés (soit un total de 6 millions environ) et une part des énergies renouvelables et de récupération de 75% dans les sources d’’approvisionnement des réseaux.

Afin de converger vers cet objectif ambitieux, plusieurs actions doivent être menées :

  • extension ou densification des réseaux existants, par exemple à l’occasion de l’aménagement d’une nouvelle zone ;
  • établissement de nouveaux réseaux lorsque c’est techniquement et économiquement possible ;
  • remplacement des chaudières à énergies fossiles par des chaudières utilisant des énergies renouvelables.

Pour en savoir plus…